Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 18:33
Malgré le report de l'événementiel artistique in situ des 24 et 25 octobre 2009 au 14 avril 2010, l'équipe de l'Entre-Pont et les artistes engagés sur ce projet ont, néanmoins, souhaité maintenir une répétition ouverte le vendredi 23 octobre, préfiguratrice de l'événementiel final d'avril 2010.
Ainsi, en présence de nos principaux partenaires et des ouvriers de l'entreprise Spada, nous avons pu tester grandeur nature les faisabilités artistiques et techniques d'une visite-spectacle dans la halle Spada.

Déroulé des 2 visites guidées de 15h & 16h30
Le public a été accueilli dans la salle de résidence de l'Entre-Pont, surnommée le Garage à Vélo, par un duo de guides-comédiens (un directeur volubile et sa secrétaire pointilleuse). Après les recommandations de sécurité d'usage, le duo a proposé aux spectateurs présents une visite insolite et singulière de la halle Spada... telle que vous ne l'avez jamais vue !
La déambulation a été jalonnée de stations correspondant à de courts tableaux créés pour l'occasion par des artistes de spectacle vivant (comédiens, circassiens, musiciens, danseurs et artiste numérique) travaillant régulièrement dans les locaux de l'Entre-Pont.
Chaque artiste s'est inspiré, pour la conception de son tableau, des témoignages des ouvriers de l'entreprise Jean Spada et des photos d'archives collectées depuis plus d'un an.

Coordination artistique : Vanessa Clément & Jacques Laurent
Coordination technique : Thierry Hett
Régie : Philippe Maurin, Frédéric Piraino
Photographe : Robert Matthey
Captation & montage vidéo : Jean-Claude Fraicher
Guides : Frédéric de Goldfiem & Eve Lafarge
Avec, par ordre d'apparition, Michaël Allibert - Trucmuche cie, Sandra Rivière - Cie Les Rats clandestins, Paul Laurent, Laurent Barattero - Cie La Rue Luberlu, Sarah Michel - Cie La Rue Luberlu, Olivier Debos - Cie L'Arpette, Xavier Dubourdieu, Philippe Chirico, Johanna Piraino.
En continu la Cie Reveïda avec Eliezer De Brito, Delphine Malialin & Delphine Pouilly & les portraits des ouvriers photographiés par Robert Matthey.


Toutes les images en ligne !
Vidéo : 1ère partie 18min45 & la fin 4min43 - ©
Jean-Claude Fraicher
et les photos - © Robert Matthey

Intégralité de la performance chorégraphique proposée par la Cie Reveïda ici (lors d'une répétition au Garage à Vélo) 

 
Rendez-vous le 14 avril 2010 pour l'événementiel artistique final !
Par Sur les traces des bâtisseurs - Publié dans : Evolution du projet
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 11:08

Louis Nucéra, Le Kiosque à musique



Avec l'aimable autorisation de publication de Suzanne Nucéra.
Louis Nucéra s'est inspiré, pour le personnage d'Aldo, de son beau-père, Monsieur Billi, un des premiers chauffeurs de l'entreprise Jean Spada.






extraits p. 43-45

« […] Fréquemment, Mireille racontait son père. Le redoutait-elle vraiment ? Aldo était son prénom. Né en Ligurie, il était venu à Nice, adolescent encore, en quête d’un emploi sérieux. Fils d’une ouvrière agricole, il s’était vite aperçu que la terre ne nourrit pas obligatoirement ceux qui la cultivent. Elle ne les habille pas non plus. Longtemps, au village, il enfila les vieilles robes de sa mère, les remontant et les pliant à la taille, ce qui lui faisait des sortes de pantalons courts bouffants. L’effet comique était assuré ; lui ne riait pas.     
 
   En France, il trouva promptement du travail. Il conduisait des tombereaux de sable et de cailloux, que les terrassiers draguaient dans le lit du Var. Il prenait grand soin des chevaux, ses compagnons, comme plus tard il s’attacha aux Berliet qu’il pilotait : il veillait à leur propreté, les polissait et, pendant ses heures de repos, assistait les mécaniciens qui les réparaient. La désinvolture n’était pas son fort. Le patron l’appréciait.

     […] Aldo était un bon mari. Chaque semaine, il remettait à sa femme l’enveloppe contenant la paye. Elle devait insister afin qu’il conservât quelque argent de poche en plus des pièces nécessaires à l’achat de ses cigarettes. Il en fumait énormément ; jusqu’au bout : Troupes, Parisiennes, Elégantes, Gauloises. Les tisons le tenaient éveillé quand il conduisait, qu’épuisement et sommeil le gagnaient. Sa peau, culottée sous le pouce et l’index de la main gauche, en témoignait. Durant les mois froids, lorsqu’il se levait, le matin, avant quatre heures, il allumait la cuisinière. Bientôt l’eau de la bouilloire et des bassines pour se laver gargouillait. Il faisait bon chaud quand la famille se mouvait à son tour.
     Lors des longs déplacements, pour les grands travaux du Luxembourg, de Mittelbronn en Moselle, de Campo de L’Oro en Corse, il emmenait les siens. N’était son côté taciturne, il eût été parfait. « C’est un ours, constatait Angèle, levant les yeux au ciel. Pourtant il est sensible. Il travaille sans relâche pour nous. Il veut qu’on ne manque de rien. Malheureusement, il ne sait pas s’exprimer », ajoutait-elle, attendrie. Il ne supportait ni que l’on fasse la grasse matinée, ni que ses filles se parfument. « Ca sent la putain », maugréait-il. Un plat terminé, il convenait d’essuyer son assiette avec du pain. Si, par exception, on ne finissait pas sa soupe, elle était resservie au petit déjeuner. La vaisselle ne traînait pas ; les filles se levaient de table pour la faire aussitôt. Il était ardu de le contrarier ou de s’insurger. Massif, d’humeur sombre, il en imposait. C’étaient ses façons de soutenir l’honneur de sa maison, d’enseigner patience, volonté, énergie morale, absence de gaspillage. L’offrande de sa propre personne ne l’eût pas rebuté. Sa devise, seul le travail paie.

      […] Ordinairement, Aldo dormait les dimanches et jours fériés ; il récupérait des fatigues de la semaine : il ne répugnait pas à accumuler des heures supplémentaires. […] »

 

extraits p. 95-98

« […] Une âme en peine peut se cacher dans un corps de colosse.
   Quand il consentait à parler, il évoquait son camion. Il en avait conduit de nombreux. Des ancêtres à chaînes jusqu’aux modernes convois exceptionnels. Il n’était pas peu fier d’avoir traversé la France, au volant d’énormes bahuts. De la cabine il dominait la route ; la police le précédait parfois ; une fortune était dans ses mains. Il ne comptait plus les trajets Nice-Lyon-Nice, entre autres. Ce qui l’enorgueillissait, c’était la confiance que lui témoignait le patron. « Avec Aldino, je suis tranquille », affirmait celui-ci, sentencieux. Cette appréciation lui allait droit au cœur ; le diminutif Aldino l’attendrissait ; c’est qu’il était entré jeune dans l’entreprise ; un des tout premiers. Dans l’avenir, il continuerait à se surpasser ; c’était sûr ! Et à se brûler les doigts aux tisons des cigarettes pour se tenir éveillé, la nuit, par les chemins. « Pour être estimé, ça, il l’est ! » commentait Angèle. Nul ne l’ignorait dans la famille. Ce père bourru était considéré de ses enfants.

   Mais des engins qu’il avait pilotés, le dernier était son préféré : un dix tonnes Berliet, baptisé « Pitchounette » par ses soins. Poli, gréé comme une caravelle un jour de parade, Pitchounette obéissait à la plus infime des pressions. « Il est comme une femme quand elle aime », insinuait Aldo, le sourire appuyé, lorsqu’il se retrouvait entre amis.
   Désormais, un autre était aux commandes de Pitchounette. Aldo avait récupéré les photos de ses enfants et d’Angèle qui ornaient le tableau de bord. Le saint Christophe offert naguère par Mireille lui fut rendu. Pourquoi jugeait-il nécessaire d’être seul quand il songeait à ces restitutions ? On l’entendait qui se mouchait. Un jour, il le reprendrait, son camion ; ça, oui ! Après tout, ce n’était pas demander l’impossible.

   […] Il se remit. Il sollicita un rendez-vous du patron. Les bien-portants ne se rendent pas compte du plaisir qu’il y a de se lever le matin sans songer à la maladie qui entrave. Ils se vexent pour des bêtises, le regard fixé sur des soucis qui n’en sont pas. Aldo savait, désormais. Il savait surtout qu’il voulait travailler. « L’oisiveté ronge l’homme comme la rouille ronge le fer », affirmait jadis sa mère en patois génois. Pour ça, elle n’était pas rouillée, la malheureuse. Il expliqua du mieux qu’il put et le plus rapidement possible « au maître » (il disait « mestre » en niçois) tout ce qu’il avait dans la tête. Il fut exaucé. En attendant de reprendre son Berliet, il serait gardien du garage. Quand il quitta le bureau, le patron l’accompagna à la porte et lui mit ses deux mains sur les épaules. Quel brave homme ! Au garage, chauffeurs et mécaniciens se montraient gentils avec lui comme ils ne l’avaient jamais été. […] »

Par Sur les traces des bâtisseurs - Publié dans : Témoignages
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /2009 20:23
4ème étape de travail autour de la restitution des témoignages et archives recueillis
le vendredi 23 octobre 2009 à l'Entre-Pont
au 28 avenue Denis Séméria - 06300 Nice (Garage à Vélo)
arrêt de tram : Virgile Barel

Au programme
Répétition publique d'une déambulation artistique dans la halle Spada, préfiguration de l'événementiel artistique final du 14 avril 2010
déambulation artistique guidée d'une heure dans la halle sous la conduite d'un duo de comédiens et en présence de danseurs, comédiens, circassiens, musiciens, plasticiens, artiste numérique & photographe
2 visites guidées : 15h ou 16h30
Réservation obligatoire auprès d'Hélène : 06 74 10 38 44


Par Sur les traces des bâtisseurs - Publié dans : Calendrier
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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /2009 12:05
Ecoutez l'émission réalisée par Stéphane Gravier, journaliste à Agora FM et à l'EPRA (Echanges et Productions RAdiophoniques) partenaire de l'opération "10 lieux / 10 événements" organisée par la Cité nationale de l'histoire de l'immigration pour les Journées du Patrimoine 2009

écouter l'émission : descendre jusqu'au paragraphe sur "La Halle Spada - Nice" puis cliquer sur le lien pour télécharger le son mp3 
 

La halle Spada - Nice

Créée dans les années 20 par Jean Spada, un immigré italien qui ramassait du sable et des cailloux dans la rivière du Paillon, l'entreprise de BTP Spada a réussi à s'imposer au lendemain de la Seconde Guerre mondiale comme l'un des acteurs économiques essentiels de la Région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. Aujourd'hui, le magazine Planète info a décidé d'aller à la rencontre de quelques témoins dont d'anciens ouvriers de cette « success story ». Yvan Gastaut est maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Nice, Lucien Barquant était chauffeur dans cette entreprise et Jean Pizzio, électricien. Ancien vice-président du Conseil régional Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Jacques Tiberi a mené les luttes sociales lors des événements de mai 68. L'entreprise Spada fait actuellement l'objet d'un travail mémoriel intitulé « Sur les traces des bâtisseurs », coordonné par la fédération L'Entre-Pont composé d'un collectif de 3 compagnies : Divine Quincaillerie, Le Grain de sable et Diva-Le Hublot.

Dans le cadre de l'opération « 10 lieux / 10 événements » mise en place par la Cité
nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI) à l'occasion des Journées européennes du Patrimoine, une table-ronde sur le thème « La halle Spada, lieu de mémoire de l'immigration à Nice » sera organisée le 19 septembre 2009 puis la création d'un événementiel artistique le 14 avril 2010.

Stéphane GRAVIER Agora FM 19:32

Par Sur les traces des bâtisseurs - Publié dans : Evolution du projet
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Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /2009 11:35

Dans le cadre du repérage de "Sur les traces des bâtisseurs" par la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration, lisez l'article de présentation publié sur le site de la CNHI : http://www.histoire-immigration.fr/index.php?lg=fr&nav=1074

Par Sur les traces des bâtisseurs - Publié dans : Evolution du projet
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